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Devenir LIR au RIPE : ses IP, son AS, son indépendance

25 août 2026

8 min de lecture

Sommaire
Ce qu'est un LIR
Ce que ça implique administrativement
Le coût réel
Obtenir un numéro d'AS
La pénurie IPv4 et ce qu'elle change concrètement
Pourquoi IPv6 rend une partie du problème caduc
Le calcul à faire avant de se lancer
Sources

Une entreprise qui héberge ses services chez un seul fournisseur avec des IP qui appartiennent à ce fournisseur ne peut pas changer d'hébergeur sans renuméroter : refaire toute la configuration réseau, mettre à jour le DNS, gérer une période de transition où les deux jeux d'adresses coexistent, et prier pour qu'aucun firewall client n'ait whitelisté les anciennes IP en dur. C'est la question que pose tout DSI qui a vécu une migration d'hébergeur difficile : comment garder ses adresses IP indépendamment du fournisseur du moment. La réponse s'appelle LIR, Local Internet Registry, et le statut se prend directement auprès du RIPE NCC.

Ce qu'est un LIR

Le RIPE NCC est le registre Internet régional (RIR) qui gère l'allocation des ressources numériques (adresses IPv4, IPv6, numéros d'AS) pour l'Europe, le Moyen-Orient et une partie de l'Asie centrale. Un LIR est une organisation membre du RIPE NCC, habilitée à recevoir des blocs d'adresses en son nom propre et à les sous-allouer à ses propres clients ou à ses propres infrastructures. Devenir LIR, c'est sortir du statut de simple client d'un hébergeur qui reloue des IP qu'il possède, pour devenir soi-même titulaire de ses ressources auprès du registre.

La conséquence directe : les adresses IP et le numéro d'AS attachés à un LIR suivent l'entreprise, pas l'hébergeur. On peut migrer de Proxmox chez un opérateur A vers une infrastructure chez un opérateur B en gardant le même plan d'adressage, à condition que le nouvel hébergeur accepte d'annoncer ces préfixes en BGP pour le compte du LIR, ce que fait tout opérateur réseau sérieux via une simple LOA (Letter of Authorization).

Ce que ça implique administrativement

Le statut de LIR n'est pas une formalité automatique. L'inscription se fait via le LIR Portal du RIPE NCC, avec vérification de l'identité légale de l'organisation, désignation d'un ou plusieurs contacts administratifs et techniques, et acceptation des conditions de service (Standard Service Agreement) qui engagent l'organisation à respecter les politiques d'allocation de ressources définies par la communauté RIPE. Une fois membre, le LIR reste soumis à des obligations de tenue à jour de sa base de données publique (objets inetnum, route, aut-num) dans le registre RIPE, qui sert de source d'autorité pour tout le routage Internet européen.

Ce n'est pas qu'une contrainte administrative : une base RIPE à jour est ce qui permet à des mécanismes comme la validation d'origine RPKI de fonctionner correctement pour vos préfixes, et à vos pairs de filtrer proprement vos annonces via les objets IRR.

Le coût réel

Selon le barème publié par le RIPE NCC pour 2026, l'inscription en tant que nouveau membre s'accompagne de frais de dossier ponctuels de 1 000 euros, puis d'une cotisation annuelle de 1 800 euros par compte LIR, un montant inchangé par rapport à 2025. Des frais additionnels de 75 euros s'appliquent par ressource indépendante gérée (espace PI, allocation IXP), en dehors de l'allocation principale du LIR. Ces montants évoluent chaque année selon le schéma de facturation voté par les membres : à vérifier sur la documentation officielle du RIPE NCC au moment de la souscription, plutôt que sur un chiffre figé dans cet article.

Rapporté au budget infrastructure d'une PME qui opère plusieurs services critiques, ce n'est pas un montant qui bloque une décision. C'est en revanche un engagement récurrent qu'il faut comparer honnêtement au gain réel : l'indépendance vis-à-vis de l'hébergeur ne vaut la cotisation que si l'entreprise a effectivement l'intention de faire évoluer son infrastructure réseau dans le temps, pas si elle compte rester chez le même prestataire indéfiniment.

Obtenir un numéro d'AS

Un numéro d'AS (Autonomous System) est ce qui permet d'annoncer soi-même ses préfixes en BGP, condition nécessaire pour qu'un opérateur tiers relaie votre trafic sans dépendre du sien. Une fois LIR, la demande d'un AS numéroté se fait directement dans le LIR Portal, sur simple justification d'un besoin de routage multi-homé (connexion à plusieurs opérateurs distincts) ou d'une politique de routage propre. Le délai de traitement se compte généralement en jours, pas en semaines, une fois le dossier LIR validé.

Avoir son propre AS change la nature de la relation avec les fournisseurs réseau : on ne loue plus une IP dans le plan d'adressage de quelqu'un d'autre, on établit des sessions BGP avec ses fournisseurs de transit ou de peering, et on garde la main sur ses annonces de routage même en cas de changement de fournisseur.

La pénurie IPv4 et ce qu'elle change concrètement

C'est le point que beaucoup découvrent trop tard. Le pool d'adresses IPv4 disponible pour de nouvelles allocations est épuisé depuis plusieurs années. Le RIPE NCC fonctionne aujourd'hui sur une liste d'attente (IPv4 Waiting List) alimentée uniquement par les adresses récupérées via des fermetures de LIR ou des restitutions volontaires. Un nouveau LIR éligible peut demander une allocation unique, plafonnée à un bloc /24, soit 256 adresses, et le délai d'attente réel se compte en mois, potentiellement plus d'un an selon le rythme de récupération. Ce chiffre de délai fluctue avec le nombre de demandes en file : à vérifier sur la page officielle du RIPE NCC au moment de la démarche plutôt qu'à considérer comme fixe.

Concrètement, un /24 ne suffit pas à couvrir les besoins d'adressage IPv4 direct d'une infrastructure qui grandit. La plupart des LIR récents doivent compléter via le marché secondaire des adresses IPv4, où le prix par adresse dépend de l'offre et de la demande du moment, ou via des accords de sous-allocation avec un hébergeur qui dispose déjà de plages suffisantes. Ce n'est pas un détail marginal : c'est aujourd'hui l'obstacle principal à une indépendance IPv4 complète pour une organisation qui démarre son statut de LIR aujourd'hui.

Pourquoi IPv6 rend une partie du problème caduc

C'est là que la question change de nature. Un LIR reçoit, avec son adhésion, une allocation IPv6 largement suffisante pour l'ensemble de ses besoins, sans passer par une liste d'attente : le pool IPv6 n'est pas en pénurie, il est dimensionné pour ne jamais l'être à l'échelle d'une organisation individuelle. Toute l'indépendance d'adressage que la pénurie IPv4 rend compliquée à obtenir en /24 s'obtient immédiatement et sans contrainte en IPv6.

La difficulté n'est donc plus d'obtenir des adresses, elle est de faire fonctionner une infrastructure et un parc client majoritairement encore en IPv4 avec un plan d'adressage IPv6 natif en parallèle. C'est un chantier de déploiement IPv6 à part entière, avec du double-stack pendant une période de transition, mais c'est un chantier qui déplace le problème de la pénurie d'adresses vers un problème d'ingénierie réseau classique, largement documenté et déjà résolu ailleurs. Combiné à de l'anycast pour la distribution géographique, un plan IPv6 propre couvre l'essentiel des besoins d'adressage qu'un /24 IPv4 ne couvrirait de toute façon plus seul.

Le calcul à faire avant de se lancer

Devenir LIR a du sens pour une organisation qui gère plusieurs contrats d'hébergement en parallèle ou qui prévoit de changer d'opérateur réseau dans les prochaines années, et qui veut découpler son plan d'adressage de ce choix. Ça n'a pas de sens pour une structure qui héberge un seul service chez un seul prestataire sans intention de bouger : la cotisation annuelle et la charge administrative de tenue du registre RIPE ne se justifient pas dans ce cas, et l'hébergeur peut très bien continuer à porter l'adressage.

La bonne séquence, dans l'ordre : évaluer le besoin réel de portabilité, budgéter la cotisation annuelle sur plusieurs exercices, anticiper que l'allocation IPv4 initiale sera insuffisante et prévoir soit un complément via le marché secondaire soit une bascule IPv6 assumée, et enfin s'assurer que le futur hébergeur acceptera bien d'annoncer les préfixes du LIR en BGP plutôt que d'imposer les siens.

Accompagner une entreprise qui prend son statut de LIR, faire annoncer ses propres préfixes sur notre backbone et garder cette portabilité dans la durée, c'est un scénario qu'on gère régulièrement pour des clients en infogérance. Si vous envisagez ce passage et voulez évaluer si le jeu en vaut la chandelle pour votre infrastructure, on peut étudier avec vous la portabilité de votre adressage réseau.

Sources

  • Facturation, frais et paiements, RIPE NCC : barème officiel des frais d'inscription et de la cotisation annuelle LIR.
  • IPv4 Waiting List, RIPE NCC : fonctionnement officiel de la liste d'attente IPv4, taille d'allocation et état de la file.
  • RIPE NCC Charging Scheme (RIPE NCC) : détail du schéma de facturation annuel voté par les membres.
  • Who's Waiting on the IPv4 Waiting List, RIPE Labs : analyse RIPE NCC de la composition et du rythme de la file d'attente IPv4.
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