Choisir un datacenter pour héberger ses applications critiques n'est pas une décision triviale. Au-delà de la localisation géographique ou de la latence réseau, c'est la fiabilité structurelle de l'infrastructure qui détermine votre continuité de service. L'Uptime Institute, autorité mondiale en certification de datacenters, a développé depuis 1993 une classification en quatre niveaux (Tier I à IV) qui quantifie précisément cette fiabilité.
Cet article vous aide à comprendre ces niveaux, à évaluer vos vrais besoins et à naviguer intelligemment l'offre du marché français.
Plan de l'article
- L'Uptime Institute et la classification Tier
- Tier I : infrastructure basique
- Tier II : composants redondants
- Tier III : maintenance concurrente
- Tier IV : tolérance aux pannes
- Comparatif détaillé
- Au-delà du Tier : critères complémentaires
- Choisir le bon niveau
- Le marché français
- Perspectives complémentaires
L'Uptime Institute et la classification Tier
L'Uptime Institute, basé aux USA depuis 1993, s'est imposé comme le référentiel mondial de la fiabilité des datacenters. Leur classification Tier, formalisée en 1995 et mise à jour régulièrement (dernière édition 2019), repose sur une méthodologie rigoureuse d'audit et de certification.
Un datacenter certifié Tier doit passer une batterie de tests : mesure de la redondance des voies de distribution électrique, des systèmes de refroidissement, du stockage de batterie, des générateurs diesel, et surtout des plans de maintenance concurrente (Concurrent Maintenance). Cette certification ne s'achète pas — elle se gagne par une conformité vérifiée sur le terrain.
La classification s'appuie sur quatre piliers :
- Voies de distribution (nombre de chemins indépendants)
- Composants redondants (N, N+1, 2N+1)
- Maintenance sans interruption (possibilité de maintenance sans arrêt)
- Tolérance aux pannes (capacité à absorber une défaillance)
Tier I : infrastructure basique
Uptime garanti : 99.671% (28.8 heures d'indisponibilité par an)
Un Tier I est un datacenter sans redondance. Votre infrastructure dépend d'une seule voie d'alimentation électrique, d'un seul système de refroidissement, d'une seule connexion réseau. Toute intervention de maintenance ou la moindre défaillance provoque une interruption de service.
Caractéristiques :
- Alimentation monocheminement (pas de groupe électrogène ou batterie de secours)
- Refroidissement simple (pas de redondance)
- Pas de stockage d'énergie distribué
- Disponibilité théorique : ~99.67%
Cas d'usage :
- Environnements de développement et test
- Charges non critiques
- Prototypage
Coût : très faible (baseline)
Tier II : composants redondants
Uptime garanti : 99.741% (22.7 heures d'indisponibilité par an)
Tier II ajoute de la redondance composant : groupe électrogène, climatiseurs supplémentaires, batteries UPS partagées — mais une seule voie de distribution. Cela améliore la tolérance aux pannes isolées, mais ne permet pas la maintenance sans interruption de tous les systèmes critiques.
Caractéristiques :
- Groupe électrogène + batteries UPS
- Refroidissement redondant mais chemin unique
- Maintenance partielle possible sans arrêt
- N+1 pour certains composants
- Disponibilité théorique : ~99.74%
Cas d'usage :
- Applications métier modérées
- PME avec besoin de continuité basique
- Services transactionnels non-mission-critical
Coût : modéré (+20-40% vs Tier I)
Tier III : maintenance concurrente
Uptime garanti : 99.982% (1.6 heures d'indisponibilité par an)
Tier III introduit le concept clé : deux voies de distribution indépendantes en N+1. Vous pouvez maintenir tout composant du datacenter sans interruption de service. Les défaillances simples sont absorbées par la redondance.
C'est le niveau stratégique pour la plupart des productions critiques en France.
Caractéristiques :
- Deux voies d'alimentation électrique indépendantes
- Deux chaînes de refroidissement
- Maintenance concurrente garantie : maintenance d'un composant sans arrêt du service
- N+1 redondance (un composant peut tomber sans impact)
- Disponibilité théorique : ~99.98%
Cas d'usage :
- Production en ligne (e-commerce, SaaS)
- Services critiques nécessitant haute disponibilité
- Bases de données métier
- Infrastructure DevOps sérieuse
Coût : +60-80% vs Tier I
Tier IV : tolérance aux pannes
Uptime garanti : 99.995% (26.3 minutes d'indisponibilité par an)
Tier IV est le nec plus ultra : infrastructure 2N+1. Deux défaillances simultanées ne causent pas de perte de service. Tout est redondé, tout est distributé sur des voies indépendantes. C'est la classe des institutions financières, des datacenters cloud massifs et des opérateurs critiques.
Caractéristiques :
- Trois voies d'alimentation électrique indépendantes (2N+1)
- Trois chaînes de refroidissement indépendantes
- Maintenance sans impact même en cas de défaillance simple
- Tolérance aux pannes composant
- Disponibilité théorique : ~99.995%
Cas d'usage :
- Finance, santé, transactionnel haute sensibilité
- Infrastructures cloud publiques
- Opérateurs de réseau
- Environnements gérant des données vitales
Coût : +150-200% vs Tier I
Comparatif détaillé
| Critère | Tier I | Tier II | Tier III | Tier IV |
| Voies de distribution | 1 | 1 | 2 (N+1) | 3 (2N+1) |
| Uptime garanti | 99.671% | 99.741% | 99.982% | 99.995% |
| Downtime/an | 28.8h | 22.7h | 1.6h | 26.3min |
| Refroidissement | Simple | Redondant | Redondant | Redondant |
| Alimentation | 1 UPS | UPS partagée | 2 UPS indépendantes | 3 UPS indépendantes |
| Groupe électrogène | Non | Oui | Oui (redondé) | Oui (redondé) |
| Maintenance concurrente | Non | Partielle | Oui | Oui |
| Coût relatif | 1x | 1.2-1.4x | 1.6-1.8x | 2.5-3x |
Au-delà du Tier : autres critères d'évaluation
La classification Tier est un excellent point de départ, mais elle ne dit pas tout.
PUE (Power Usage Effectiveness)
Le PUE mesure l'efficacité énergétique : ratio entre la puissance totale consommée et la puissance IT utile. Un PUE de 1.2 signifie 20% d'overhead (refroidissement, infrastructure). Les meilleurs datacenters affichent un PUE de 1.1-1.15.
PUE = Puissance totale / Puissance IT
Certifications de sécurité
- ISO 27001 : sécurité de l'information, accès physique, cryptage
- SOC 2 Type II : audit continu, contrôles opérationnels
- ISO 9001 : qualité de service
- Norme française HDS (si données de santé)
Localisation et connectivité
- Proximité des utilisateurs (latence)
- Diversité des connexions réseau (multi-opérateur)
- Presence points (réseaux de peering)
- Redondance géographique pour la continuité
Sustainability
- Refroidissement écologique (free cooling, immersion)
- Sources d'énergie renouvelable
- Efficacité carbone
- Certification Green (EU Code of Conduct for Data Centers)
Choisir le bon niveau
Règle pragmatique :
| Profil | Niveau recommandé | Rationale |
| Dev/Test, Proof-of-concept | Tier I-II | Coût minimaliste, SLA souple |
| Production standard (SaaS, métier) | Tier III | Maintenance zéro-downtime, 99.98% suffisant |
| Mission-critical (finance, santé) | Tier IV | Tolérance de panne, SLA contractuel |
| Hybrid (prod + redondance géo) | 2x Tier II ou Tier III + Tier II | Continuité cross-region |
Une PME SaaS avec chiffre d'affaires important et clientèle intolérante au downtime devrait viser Tier III minimum.
Le marché français des datacenters
La France dispose d'une infrastructure datacenter mature et diversifiée, principalement autour de trois régions :
1. Île-de-France (Paris)
- Acteurs : Interxion (Digital Realty), OVHcloud, Iliad
- Avantages : densité réseau, accès international excellent
- Tier : II-III courant, IV disponible
2. Région Occitanie (Toulouse)
- Acteurs : Fullsave (partenaire SHPV), OVHcloud
- Avantages : convergence réseau, coûts modérés
- Tier : III
3. Région Auvergne-Rhône-Alpes (Lyon)
- Acteurs : Nexeren (partenaire SHPV), Equinix
- Avantages : connectivité montante, population dense
- Tier : III
Infrastructure de connectivité
La fibre optique constitue l'épine dorsale. Les grands opérateurs (Orange, SFR, Free, Cogent) offrent une redondance satisfaisante en inter-connects. Les points de peering majeurs (France-IX à Paris, TouIX à Toulouse) garantissent un routage optimal.
Perspectives complémentaires
Pour aller plus loin sur l'infrastructure IT en France, découvrez aussi :
- Infrastructure hybride : cloud public + on-premise
- Kubernetes et haute disponibilité : stratégies avancées
- Clustering avec Pacemaker et Corosync
- Green IT et efficacité carbone
Sources
- Uptime Institute — Data Center Site Infrastructure Tier Standard: Topology, 2019 https://uptimeinstitute.com/tiers
- EU Code of Conduct — Code of Conduct for Data Centres, European Commission
- Gartner Magic Quadrant — Critical Capabilities for Cloud Infrastructure-as-a-Service, Worldwide, 2024
- PUE Specification — The Green Grid, https://www.thegreengrid.org
Conclusion
La classification Tier de l'Uptime Institute offre un langage commun et fiable pour évaluer la redondance et la disponibilité d'un datacenter. Tier I est insuffisant pour toute production ; Tier III est le sweet spot pour la majorité des organisations critiques françaises, en alliant coûts acceptables et disponibilité contractuelle (99.98%).
Dans cette optique, une infrastructure hébergée dans des datacenters Tier III+ en France vous garantit une maintenance sans interruption et une proximité réseau optimale. SHPV opère dans plusieurs datacenters français certifiés Tier III — Toulouse/Fullsave, Bordeaux/TDF, Lyon/Nexeren — pour assurer à ses clients une disponibilité garantie et une performance sans compromis.
Le choix du bon Tier dépend de vos objectifs d'affaires. Une matrice décisionnelle simple : quantifiez votre tolérance au downtime (euros perdus par heure) et comparez-la au coût marginal du Tier supplémentaire. L'investissement en infrastructure fiable se rentabilise vite.


